Pour accéder au site de la revue.
C'est le sentiment qui me vient en apprenant l'arrêt des activités de la Maison de la poésie de Haute-Normandie. Comme le rappelle l'association, en sept années, son action dans la région a permis à 20 000 personnes de rencontrer des poètes et d'écouter leurs textes, non seulement dans le joli lieu de la rue de l'Oranger à Dieppe, mais aussi dans les écoles, lieux publics, en prison, dans des associations d'insertion...
La poésie est souvent perçue comme distante. Je suis persuadé que chaque personne a au minimum un texte ou un poète qui lui parlerait, personnellement. Merci donc à la MPHN d'avoir permis de si beaux moments, de si belles rencontres.
La poésie ne perd pas tout pour autant, puisque l'équipe de la MPHN va reprendre de plus belle l'édition de poésie, au travers de Clarisse. Consolation, c'est le sentiment qui me vient en conclusion.
"La nuit est le réel de notre monde", poème déjà publié sur ce site et à lire en ligne sur le site de l'éditeur.
Texte publié ici dans un premier temps et repris sur le site des éditions du Corridor bleu, dans leur rubrique Création.
* * * * *
La joie ramène au passé quand on en cherche l’image. Là est la sécurité de ce qui fut. L’esprit en recherche est une goutte qui glisse sur le bord interne et lisse d’un arum avant de plonger dans son trou noir central. [...]
N. B. : cette note écrite en mai 2009 est également parue sur Poezibao et Les carnets d'Eucharis.
« Mot à mot, l’écriture reconstruit / Pierre à
pierre / L’appartement / T’y transporte / Te voilà jeune encore malgré tes
cheveux blancs ». En 2007, dans Le
parfum des pierres aveugles (éditions Clarisse), Isabelle Guigou avait su
trouver le juste équilibre entre l’émotion restituée par la poésie et l’évocation
d’une réalité douloureuse. Le Brighton
West Pier que vient de publier Le chat qui tousse naît, de nouveau, du
rapport entre un lieu et ce qu’en retranscrit la mémoire sensible de l’auteur.
Ce
West Pier de Brighton, au sud de l’Angleterre, est une jetée du XIXème siècle
sur laquelle se trouvaient échoppes et salles de concerts. Mais depuis plus de
trente ans le lieu est fermé au public. « N’habitent / Le West Pier de Brighton / Qu’oiseaux et photographies
anciennes / La passerelle métallique / S’incline / À genoux dans la mer/ Le
temps rabote l’arrogance / L’approche du rien nous plie à l’essentiel / Là, un
squelette / Que la mer démembre ».
Il
y eut de la vie en ces lieux, de la joie, des relations tissées entre les
êtres. Mais de là, comme de la maison familiale de Pézenas évoquée dans Le parfum des pierres aveugles, la vie
s’est retirée, comme une marée descendante définitive. De la méditerranée à la
Manche, l’évocation a changé de rivage mais aussi de dimension, passant du cercle
familial à un lieu public désormais désaffecté. Le West Pier semble figurer la
descente inexorable vers la mort tandis que la passerelle parallèle, la East
Pier, « plus moderne / Avec ses
grandes roues et autres attractions / qui vous décollent du sol / Rabâche / Nos
rêves de dépasser / La terre ». Paradoxe à vouloir ainsi quitter le
sol, car aller au ciel peut aussi bien signifier s’élever, spirituellement, que
cesser de vivre.
Quelle
quête poursuit Isabelle Guigou dans ce poème ? Peut-être « pénétrer la mer / Comme si nous pouvions
féconder / l’éternité ». Qu’en espère-t-elle ? « Assise sur le bord / Tu attends que le flot
t’insuffle / La semence de l’horizon ». L’eau et ses cycles, porteuse
de renouvellement, quand bien même le point d’où on l’observe est vermoulu et
laisse apparaître un squelette « que
la mer démembre ». Tout ceci est exprimé sans afféterie, dans une
juste distance entre le refus du cliché lyrique mais aussi du cliché prosaïque
– une poésie à hauteur d’être, qui regarde le ciel et le sol dans un même
mouvement circulaire et rend compte des deux plans, terrestre et céleste.
La
poésie d’Isabelle Guigou sait poindre sans s’en gargariser. Elle vise juste
sans s’en flatter. Cette humilité se retrouverait-elle dans ces vers, allant
jusqu’à la négation de soi ? « Les
vagues n’auront pas même / À rouler tes os : / Tu ne fus jamais que le
débris / D’un toi impossible ». De ces quelques mots doucement
assemblés, jaillit une dureté quasi nihiliste. Quasi, car la vague continue de
rouler et apporte à la fin du poème, malgré la disparition programmée des
bâtiments fermés du West Pier, « Une
lueur d’espoir notre phare / Un mot / D’amour / Pour ceux qui voguent ».
Sur
des thèmes aussi usés et chancelants que le rivage, la mer, la mort, l’appel du
large, Isabelle Guigou place sa voix. Peut-on la dire moderne ? Elle apparaît
surtout humaine et intemporelle et cela, sans réfuter l’interrogation
contemporaine sur la fabrique du poème : « (L’écriture / Une parole sur pilotis / Que cerne et emplit / Le
silence) ». L’aphorisme tombe juste lui aussi ; il a sa raison
d’être dans le mouvement de ce texte à la fois ample et condensé (une quinzaine
de pages au format carnet, comme l’affectionne Le chat qui tousse en la
personne de son éditeur, Franck Cotet). Qu’Isabelle Guigou se rassure :
oui, elle réussit à parler « à la
mer comme à un dieu ». Oui, elle sait trouver le langage qui lie cœur,
corps et esprit.
Un
être juste, vraiment, jusque dans son écriture.
Brighton West Pier, d’Isabelle Guigou
Le
Chat qui tousse (2009)
20 pages,
5 euros
chatkitousse@aol.com
Parue sur Poezibao, et consacrée au dernier poème d'Isabelle Guigou, "Brighton West Pier", publié au Chat qui tousse.
Poètesse et revuiste, Nathalie Riera a rassemblé dans quatre plaquettes des textes sur le thème : "Tu ne répareras pas".
Deux de mes poèmes et photographies sont inclus dans le volume II, visible en ligne ou en téléchargement : Téléchargement TU NE REPARES PAS_volume2 (2).
Pour lire le volume 1 en ligne.
Prétendant
en poésie, je circule du Have à Luneray, en train ou en voiture, dans des
collèges de ville ou de campagne, en classe de troisième ou de sixième,
accompagné de magnolias et d’arbustes à fleurs blanches posées sur les talus
des routes.
Aux
élèves : « Un poème est
irréductible, il a le sens que vous lui donnez selon votre humeur, votre âge,
vos pensées, vos envies, vos goûts. Un poème ne se comprend pas forcément, peu
importe, il doit se ressentir avant tout. On peut être poète sans écrire. On
peut écrire sans être poète. L’image naît par les mots ou la photographie, cela
dépend de mon envie du jour. » Des questions appellent des réponses inattendues.
« - Combien de temps il vous faut pour
créer un poème ?
- Toute
une vie pour le laisser naître, 5 minutes pour l’écrire. »
« - Pourquoi vos poèmes parfois ne font qu’une
ligne ?
- Parce
que la poésie cherche à condenser les émotions. On dit alors que c’est un aphorisme. Tiens, je
vais vous en donner un qui vous servira à draguer de façon infaillible : ‘Ton absence de visage fut ma seule obscurité’.
- C’est de qui monsieur ?
- D’un
poète nommé Jacques Dupin. »
(Et
les garçons, concentrés, de mémoriser la phrase).
« - Lequel de vos poèmes préférez-vous ?
- Euh,
le dernier, ou le prochain ? Un poète n’est jamais satisfait, il espère
toujours atteindre le poème idéal, une prochaine fois.
- Vous connaissez tous vos poèmes
par cœur ?
- Non,
aucun, je ne me relis pas et préfère découvrir ceux des autres. »
Je
repars sous le blanc d’un soleil vif. Hier soir, un ami nous parlait d’un
proche qui, réchappé d’un cancer, redécouvrait la vie avec l’enthousiasme d’un enfant.
Tout lui était merveilleux. Je pense à son exemple. Semons, ne cessons jamais
de semer, que chacune de nos inspirations reste blanche de lin et fraîche de
notre première plongée.
2 avril 2009
C'était un vendredi 13 mars de l'an 2009, à la Maison de la poésie de Haute-Normandie.
Les 7 premiers imagiers édités par Aldébaran furent présentés lors du premier round, avec lecture d'extraits, puis place fut donnée après la pause apéritive à la belle boxe des mots et des images d'éric sénécal avec son "chant de la pierre tombale" .
-> Vendredi 13 mars 2009, à partir de 18h30, rue de l'Oranger, à Dieppe (entrée libre).
Organisé par la Maison de la poésie de Haute-Normandie, dans le cadre de "Mars en poésie".
En présence de Laurent Campagnolle (éditeur, poète, photographe) et d'éric sénécal (poète, photographe, éditeur).
Présentation des huit livres d'écrivains-plasticiens édités par Aldébaran, lecture d'extraits (Alain Jouffroy, Christophe Brunski, Isabelle Camarrieu, Emmanuel Bacquet, Loyan, Marc-Antoine Orellana, éric sénécal).
Le blog poétique de Florence Trocmé a récemment mentionné l'imagier tetraktys., publié en début d'année aux éditions d'Aldébaran.
Poezibao a aussi reçu :
Loyan
tetraktys
Les éditions d’Aldébaran, 2008
présentation
de ce livre sur le site de Loyan
Article écrit par le poète et écrivain Roland Nadaus sur l'imagier tetraktys., publié dans la revue de la Maison de la poésie de Saint Quentin en Yvelines dans son numéro d'octobre 2008
.
Ici & là, revue éditée par la Maison de la poésie de Saint Quentin en Yvelines, publie des extraits du poème inédit Buster Keaton, écrit par Eric Sénécal, et mentionne le livre Chant de la pierre tombale, du même auteur, à paraître aux éditions d'Aldébaran au printemps 2009.
Il est des périodes où les interventions se suivent. En compagnie des poètes Michel Voiturier et Eric Sénécal, j'étais ce 29 avril 2008 à la Maison de la poésie de Haute-Normandie, pour évoquer les rapports entre poésie, photographie et édition d'art. Pour une fois, les enseignants étaient enseignés, et se prêtèrent de bonne grâce au jeu des ateliers d'écriture.
Exposition de photographies, rencontre lecture : la librairie rouennaise "A mon seul désir" nous avait laissé carte blanche ce vendredi 25 avril 2008, à Jacky Chriqui et moi-même, accompagnés de Mariette Lancelevée pour la lecture de ses récits et de mes poèmes.
Plus de 3 500 personnes mises au contact de la poésie et des poètes contemporains, à travers la Haute-Normandie, des écoles aux prisons en passant par la Maison de la poésie de Dieppe... Bravo à cette belle équipe, à leur énergie, à leur don.
Ci-joint le (très agréable à lire) bilan de la cuvée 2008 - charpentée et soyeuse, comme un croisement de Côtes du Rhône et de Val de Loire...Téléchargement mars_en_poesie_2008.pdf
Avec quelques jours de retard, j'aimerais évoquer le dernier Apéro poétique dieppois auquel j'ai eu la chance d'assister et qui réunissait deux formes éloignées (le style dénudé sans effets d'Albane Gellé, les visions elliptiques et denses d'Eric Ferrari) qui pourtant se réunissaient dans l'attention portée aux signes de la vie.
Et comme souvent lors des lectures dieppoises, ce qui en fait le charme aussi, il fallut aux deux orateurs du soir lutter contre les intrusions de l'angélus (la maison de la poésie jouxte une superbe église), des pétrolettes et des fans de tuning locaux faisant vibrer l'étroite rue de l'Oranger sur leur passage.
Le tout s'achevant, conformément au rituel tacite, en tablée joyeuse, aux bons soins de l'ami Erick Morel.
1er avril 2008
Hier soir, j'ai eu le plaisir de partager avec Alexis Pelletier, l'affiche d'un nouvel Apéro poétique, à la Maison de la poésie de Haute-Normandie, à Dieppe. Arrivé avec une de mes filles sous des rafales de vent et de pluie glacés, quelques minutes plus tard, nous entamons une lecture à deux voix, alternant nos propres textes avec ceux de notre alter ego du soir.
Un auditoire attentif, des bruits de pétrolette passant dans la rue (avec des pots italiens, dixit l'expert en motocyclettes et maître queux Erick Morel), on se sent si humain dans de tels moments de lien.
Nous finîmes, comme le veut le rituel dieppois,à Neuville-lès-Dieppe, sur les hauts cinglants mais chaleureux, à se régaler de Saint Jacques à la crème et d'un steack (de viande bretonne ? osa quémander l'imprétrant Riquiqui Sifredo) déglacé au cognac par les soins de maître Morel.
23 mars 2008
Posé, attentif, cet homme, comme le résume Eric Sénécal en introduction, est passé de la révolution trotskyste dans les années 1960 à la révolution de l'amour qu'il enseigne aujourd'hui à l'université de Rome.
Carlo Bordini a une façon chuintée de lire sa poésie. Celle-ci, dans les extraits présentés à Dieppe en ce 14 mars 2008, est d'une grande force simple. L'homme possède le sens de la rythmique, cela se sent, même en traduction. Il parle d'évidence, à la fois accessible et profond - sans doute la marque des grands...
Comme un Pierre Reverdy qui ne se serait pas retiré du monde, mais continuerait d'y partager émotions, "pious-pious" (merci au gargantuesque Erick Morel pour ses canapés amuse-gueules aux couleurs d'Italie), vins et vision du monde (merci à Eric Sénécal de nous avoir ouvert nuitamment sa maison pour y poursuivre les agapes).
Enfin, dernier mais non des moindres, merci au traducteur agent semeur d'italianité Oliver Favier, qui donne à lire des textes transalpins acclimatés à notre langue par ses soins.
Suite du Printemps des poètes 2008 , à Fécamp, dans le cadre néo-renaissance de la villa Vincelli, aux abords de la célèbre bénédictine (poésie et spiritueux seraient-ils condamnés à voisiner ?...).
Devant un parterre (assis) de 80 personnes, nous lisons avec Eric Sénécal (poète, éditeur et "dynamo" du Printemps des poètes en Haute-Normandie), des poèmes d'Isabelle Guigou, Eric Ferrari, Roland Nadaus, Carlo Bordini, Salah al Hamdani, Claude Vercey... qui tous interviendront dans la région.
Entre deux choeurs, la soirée fait entendre des poètes dans la musicalité de leur langue d'origine : le géorgien, le hongrois, le néerlandais, l'arabe, le roumain, l'anglais, l'allemand. Textes dits, avec une justesse émouvante, par des personnes natives de ces pays, et vivant à Fécamp. Vive le brassage par les ports et plus encore, par les pores, car la poésie se ressentait ce soir-là à même la peau.
4 mars 2008
Dans le cadre du "Printemps des poètes 2008", intervention ce matin avec des élèves de terminale électrotechnique, dans un lycée proche de Rouen.
Toujours ce plaisir à se frotter à des personnes pour qui, la poésie, a priori, rime avec "vieux grigous drogués et momifiés du XIX°siècle"...
De ces moments, on ressort à la fois un peu vidé (il faut beaucoup donner pour capter l'attention) mais aussi empli par les remarques, fraîches et pertinentes, d'adolescents rendus en verve par l'arrivée du printemps, et touché, par leur volonté de se faire dédicacer le recueil qu'ils garderont en leur possession...
29 février 2008
Trois créateurs, autant d'univers denses
Entredécouverts hier soir (5 février 2008) lors d'un café littéraire, au Trianon de Soteville-lès-Rouen
Par les poèmes lus par leurs auteurs (Eric Ferrari, Eric Sénécal, Loyan)
et par la projection de leurs collages (Eric Ferrari) et photographies
(Loyan, Patricia Dufrien).
Rencontre, lecture, projection avec les poètes photographes Eric Ferrari,
Eric Sénécal et Loyan.
Rendez-vous au Trianon Transatlantique, à Sotteville-lès-Rouen.
L'entrée est libre (la poésie n'a pas de prix).
J'étais, samedi dernier, de (court) passage avec mon ami graveur Marc-Antoine Orellana, sur une émission tournée en direct de Bernay (Eure, Haute-Normandie) où, la chose n'est pas si courante, parole était donnée à des créateurs... S'il vous en dit d'y jeter un oeil (voire deux), ça se passe ici, aux alentours de la 15ème minute...
Exposition à la Maison de la poésie de Dieppe (pour consulter les horaires d'ouverture)
NB : le vase fait partie d'une série spécialement créé, sur une proposition d'Eric Sénécal, par deux céramistes (Corinne et Fabienne) inspirées par les poètes présents en Haute-Normandie durant ce printemps. Merci à elles d'avoir ainsi donné une autre forme à mes mots !
Belle soirée que celle de ce samedi 24 février, animée par les paroles poétiques des auteurs publiés aux éditions Clarisse (dont Eric Ferrari et Eric Sénécal, qui me parlent au coeur et au corps) et de mes propres poèmes (touffus, aux dires d'une auditrice, d'où mon conseil de se reporter à ce site pour les relire à son rythme, à son humeur).
Ce fut comme une mise en bouche, sur les terres de Jehan Ango et de Georges Braque, avant le Printemps des poètes à venir...
Cette matinée passée en compagnie de deux classes de lycéen(ne)s fut une belle expérience, marquée par la fraîcheur d'esprit et la volonté de comprendre quelque chose à la poésie de ces futurs adultes de 15 à 17 ans...
Spontanément, la poésie (y compris la mienne) leur parle pas. Ils et elles la trouvent "compliquées". J'ai donc tenté d'expliquer ma pratique (de lecteur et d'écrivain), insistant sur ma conception et mon ressenti : oui, la poésie déroute, s'adressant d'abord au plexus plutôt qu'au cortex (ou alors limbique, celui des émotions enfouies, "primales").
Merci également aux enseignants de lettres rencontrés, qui essayent de faire passer les multiples subtilités de la langue auprès d'élèves plongés dans les préoccupations adolescentes.
Hasta luego entonces compadres de poesia, emocion y creacion...
Loyan

Les commentaires récents