Dans un chignon d’actrice hitchcockienne, dans une robe fourreau blanche soutenue par des bottes couleur de daim jeune, dans une épaule qui se livre par le glissement involontaire d’un chandail bleu pétrole, dans les éclats de rire fusant à vélo sous les trombes d’eau d’un novembre trop tempéré, dans la parole suspendue face aux œuvres d’un château en ville livré aux sens plastiques par la grâce d’un magnat du vin, dans la discussion de vie prononcée face à la vitrine embuée d’un salon de thé par où entre la nuit à cinq heures de l’après-midi, dans le prolongement de la discussion exposée au vent qui coupe à main nue la place et sa halle rénovée du dix-neuvième siècle, dans la sensation de toujours s’être connus quand la physique précise que la rencontre sans parole remonte à deux jours et à quatre heures de présence à bâton rompu cet après-midi, dans l’empreinte laissée après que chacun s’en est retourné, dans la matière meuble creusée en soi par cette trajectoire marquante qui coupe ma vie, dans le renoncement d’emblée demandé à soi puisque dans sa vie une présence déjà se tient, dans l’heur d’avoir donné forme à l’attente, dans son message reçu qui évoque mon message reçu droit au cœur et le charme des propos échangés, dans son souhait exprimé de vivre d’autres balades sous la pluie, dans les pensées qui depuis me traversent, dans le train, ici rentré, dans mes pensées d’avant sommeil et d’avant réveil, dans l’attente sans hâte du rare et du partagé, dans la conscience que la nuit et le moment ne se décrètent pas mais se reçoivent comme un don inexplicable, le désir a pris sa mesure : la vie tout entière (Les hommes n'en sauront rien).

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