Par leurs reflets d’écaille les passereaux maritimes qui virent si vite de cap en restant groupés ont des ondulations de bancs de poisson dans l’air. Je les déloge à mesure de mon avancée sur le front de mer. Je suis saisi par leur corps de ballet. Il me semble voir projeté avec un léger effet de stroboscope un vol de chauves-souris tant sont anguleuses les saccades de leurs ailes. Au matin la jetée est libre de toute présence, la mer pleine emplit le bas de l’horizon. C’est le moment de la découpe lumineuse, acérée comme un plasma sur du métal. Plus loin, plus tard, je savais en ce dix-neuf novembre d’un été indien, avant même de l’avoir touchée de la main, que j’irai à l’eau, corps et âme, je sentais l’énergie suffisante et la nécessaire envie d’être encore une fois, peut-être la dernière de l’année, accueilli immergé ; après quarante minutes d’une course pieds nus en t-shirt et maillot sur le rivage en faible dévers j’ai enlevé le tissu recta je suis allé vers la ligne du Ferret avançant ardent dans une eau douce de fraîcheur ; j’étais seul à la mer, quasi seul ici. J’avais soif d’être à nouveau comblé de ma solitude, présent à elle sans devoir parler, être mon écoute mangeant une cuisse de poulet une tomate et du raisin sur le muret d’une propriété close qui me servit de promontoire séchoir après le bain. L’éternité retrouvée devant mon regard. La flottaison ventre au soleil.
Au soir de nouveau les liens se vivraient, avec des inconnus rencontrés en sortie, la journée avait creusé l’espace intérieur, une part se livrait en confiance car ce qui restait invisible avait été oxygéné et dans ce pays de vignes, le vieillissement du liquide au contact du bois et de l’air est un principe de vie. Aller à la mer c’était soutirer un peu de la part de l’ange.

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