Plus encore que de le faire, la joie de ne pas appeler l’absente m’anime par cet après-midi mouillé de soleil, jour de rentrée, les enfants partis au collège, je n’ai aucune nostalgie de ces années (du lycée, plus, car nous commencions à ressembler à quelque chose dans nos têtes) et tandis que la plupart est retournée au labeur, je vaque sur mon lit à lire écrire écouter la ville calme. Tôt demain matin je reprends mon sac et me transpose au sud de l’Ouest. Je ne sais si j’avance mais je me perçois comme me délestant. Mon envie du moment tient à ce mouvement pendulaire entre deux pôles qui me désaltèrent différemment.
À mes vingt ans, j’ai aimé, à la façon de Ralph Rumney imaginant une psycogéographie dans les méandres de Venezia, marcher dans les rues et impasses de Tolosa. Venant d’une ville moyenne sans unité architecturale (Pau), je voyais ce sublime cadre comme un transfert d’Italie (je n’avais pas commencé d’explorer ce pays). En parallèle, j’étudiais une histoire de l’art qui devenait trop absconse pour continuer de m’intéresser. J’avais la foi de l’écrivant obscur. J’arpentais avec systématisme toutes les voies et cours contenues à l’intérieur de la ceinture des grands boulevards. J’étais dans l’amour de la création, et lui seul. Palingénésie avec mon temps actuel, selon la vision stoïcienne. Face aux hôtels particuliers construits par la fortune du pastel, or bleu converti en bâtiments orangés, la Renaissance avait une saveur suave et directe qu’une diapositive projetée dans un amphithéâtre d’une faculté rebelle transposée d’après des plans sahariens ne pouvait rendre – ah l’enfilade des couloirs en prise à tous les vents d’Autan d’un campus tout à plat, au Mirail, par froid d’hiver ou écrasement d’été.
Rien ne me revient de mes vingt-trois à trente-trois ans. Ce fut un âge d’homme, dense de construction, au point de ne pas se prêter à la transcription sensible. Dans ce laps, j’ai fécondé ma vie professionnelle puis parentale. J’ai souvent la perception que ce temps si abouti, qui répondait à mon désir de fondations stables hérité de l’enfance, fut une parenthèse en regard de ma nature – vraie, profonde, je ne sais. J’ai su alors développer des attaches amoureuses, m’engager cœur et âme.

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