Il existe une joie à se glisser dans la foule assise des terrasses d’avant automne, à y sortir un livre lui-même centré sur le retrait (Bartleby et son obstiné I would prefer not to). Deux jolies donzelles mi-bourgeoises jouent aux dames en parlant d’hommes (noirs fantasmés) tout en tenant leur clope comme des grandes. Deux jeunes hommes post-ramadam leur succèdent. Je tâche de rester dans ma bulle entre les conversations dispersées par le vent et la frêle ombre de l’arbre devant la masse du soleil. Des appels vibrent, je ne réponds pas, à dessein. Des jours existent où la parole est de trop. Je suis revenu ici mais j’ai déjà la tête à la repartance, dans six jours. Que se passe-t-il quand je me laisse claqué par l’océan ? Pourquoi perpétuer ce jeu d’enfance ? Pourquoi l’avoir cessé plutôt. J’ai le temps de poser les questions et le luxe de ne pas attendre de réponse. Je me cherche inaliénable. J’ai la constance d’aller à ma solitude. C’est une matière qui se cherche en soi, en grattant les vernis du travail ou des sorties posé avec application afin de ne jamais se croiser au fond. « Écrire sans être lu c’est danser dans le noir ». Mais la danse vit sans lumière, elle persiste à transmettre quelque chose par le seul déplacement d’ondes autour d’elle. Et qu’en est-il d’écrire sans être su ? Sans être sous la seule contrainte de l’impératif catégorique ? Dans ces moments d’automne et d’océan, je pense à changer de cirque, à sortir de la piste aux alouettes. Mais avec qui jongler sur le fil de vivre ? La pinède ne m’attend pas plus que le lac la corniche ou la mer. L’élément ne m’attend pas il m’absorbe sans me concasser, il me digère de sucs salins résineux, il me malaxe et me pose, il me recompose, il m’ouvre à l’oubli.
J’aimerais en arriver à tenir dans cette frange de quelques kilomètres de côte. Devoir s’en éloigner, faire semblant d’entrer dans l’œsophage du travail, revivre sous le gris, me mettent en tension et entretiennent l’ardent désir de ce large à six heures d’ici. Quand j’y serai à nouveau, dans six jours, la ville bassin sera rendue aux sans astreintes. Le lieu semble se donner à soi. Vous êtes sa destinée. Vous en justifiez l’existence. N’est-ce pas ? Rêves d’Espagne et de ses châteaux. Rêves de sable et d’or. Je ne demande que cela : qu’on me laisse indérangé, aller là-bas sentir l’espace s’écouler, soit la plus belle des protections – il n’y a pas d’agression mais la pression entière d’une société en branle qui jamais ne pense la finalité de ses débauches d’énergie. Je n’ai pas d’autre horizon pour l’heure que ce balancier de la Normandie des terres à la Gironde de l’océan. J’y retrouve le mouvement pendulaire de mes vingt ans, des galeries souterraines de Paris aux chemins à ciel ouvert du Béarn. Le train, la gare, le mode de transfert n’a pas varié, comme une musique cyclique, mais entretemps, j’ai parcouru une révolution, j’ai été le satellite et l’attraction. Le mouvement boucle et se déplace, par un retour à soi déplacé dans le temps.

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