Le charme est rompu au moment où je cesse de contempler. Pangée c’est ici, dans ce presque nulle part inconnue de presque tous, dans ce vallon à la marge d’un village déjà isolé. J’y ai les tilleuls et les lézards en compagnie, le ciel dégagé ce matin, un léger vent d’été, la lecture d’un livre somme (Lila). Je touche au très peu, en soudant par un arc d’air les différentes réalités. Je suis un bloc de temps unifié que j’ai plaisir à disjoindre pour regagner l’intérieur, la chambre pénombre, protectrice de la chaleur levante, pour consigner cet état. L’entreprise est vaine jaillissante. La vie ne se duplique pas, elle se ressent. Les artistes quittent cette évidence par besoin de donner forme. Je pense à toutes ces vies menées de façon artistique sans avoir laisser de traces apparentes. Que reste-t-il d’une vie passée dans l’accomplissement du temps ? Cette énergie qui s’est écoulée en phase persiste-t-elle dans les halos qui s’entrecroisent sur la surface du velux incliné, tâches solaires en mouvements filtrées par les branchages des tilleuls ? Ou dans la résurgence d’un arriu au col d’Arrémoulit à deux mille mètres, en vallée d’Ossau ? Dans le vol entre chien et loup des chauves-souris et des libellules parties en chasse nocturne ?
Dans l’écume fruciante après le passage de la vague éclatée ? Genissen : savourer. Cet adjectif légué par une toscane ; ce verbe offert par une lorraine. Il y aurait un portrait à faire des amours passés en trouvant le mot qui en contenait la synthèse. Glycine. Luppo mio. Arts d’Afrique et d’Océanie. Tunsia. D’eau. Nous marchons avec ces amulettes sonores au cou. Nous cliquetons à toute nouvelle rencontre. Les sonnailles marquent de nouveaux registres, des sons disparaissent dans les estives. Grand silence intérieur régnait. Alléluia. Un silence fait de chaleur préservée. L’âtre, si proche de l’être, comme la caresse qui, étoffée du « d » de distance, désigne mon lieu de retraite (Cardesse), ma thébaïde, mes origines. J’y infuse au point de prolonger le séjour d’une semaine encore. J’y goûte à la joie de la solitude en présence de ma petite famille. Nous occupons les pièces et l’extérieur en rotation, la lecture nous disperse, nous égare, nous centre, nous rapproche sans paroles.

Prêter attention à ce que nous rencontrons...
L'attention est la clef du palais de l'amour. Mais encore faut il retrouver le sens juste de l'attention et non sa caricature sous la forme d'une tension volontaire et crispée.
L'attention nous ouvre à l'inconnu.
Les traces doivent transmettre la manière de toucher, d'ouvrir un chemin dans l'existence, de montrer comment regarder pour mieux voir. Entrer en relation sans chercher le plaisir exclusif mais en éprouvant comment notre coeur s'ouvre et nous éveille au monde...
Rédigé par : Cabotine | 06/09/2011 à 11:14