Au fond de la pièce je vois un visage spectral. Mon reflet distant blanchi par l’écran d’ordinateur, seule lumière présente. Je suis comme un dormant médiéval, rehaussé sur ses oreillers, car la position allongée est celle des morts. Et à ce stade, je ne suis point encore. La mort viendra et elle n’aura pas d’yeux. Je l’envisage depuis l’enfance. Je me crois en confiance envers elle. L’expérience qui nous préoccupe tous. La seule que nous ne vivrons pas, par définition. Epicure avait déjà contourné l’obstacle. Si nous sommes logiques, nous sommes amortels. So long, so long. Les capricornes mâchent les poutres avec constance, seul bruit à entrer ici, tandis que la musique sourd de l’ordinateur. Le ciel s’est encore épaissi, sans plus de dilution. Il en sort un noir lustral, la lumière de Soulages. J’avance dans mon non projet, le principe de plaisir (solitaire) maintient une certaine puissance en moi. Il m’a été dit : « Tu es en attente d’une grande ouverture vers la spiritualité ». J’avais à me réconcilier avec la création sans dessein. Ce n’est pas ars gratia artis. C’est ôter la visée de l’œil. Laisser la place au troisième (œil). Faire place au corps clairvoyant. Je m’atteins. Je sens que de bord à bord l’espace a pris sens, j’en mesure l’unité. « Don’t you know that here I am, the only boy in New York. Hey, I’ve got nothing to do today. Here I am. Let your honesty shine on me ». C’est une belle nuit obscure et sereine qui livre sa protection, apaise les sens, encalmine les rêves, drosse les peurs, panse.

Commentaires