Pourquoi ce crédit accordé aux textes ? Pourquoi se laisser toucher par une sensibilité exprimée, comme si celle-ci allait se révéler facile à vivre puisque capable de s’extérioriser ? Mais l’introspection écrite creuse le mystère plus qu’elle ne le révèle. Vous pensez entrer en relation à la seule lecture de mots. Vous en restez à l’écorce quand la sève demande à être saignée pour perler en gouttes niellées. Une part de la méprise provient de là. Alors oui l’usage des mots confère un pouvoir quand son absence est recherchée. L’image qui vient est celle de la garde baissée, du désarmement, de l’aséduction. Vous voyez des mots en oubliant l’horizon qui les suscite. La mire est faussée. Elle étalonne le médian au lieu d’embrasser les extrêmes, en deçà, au-delà. Et les nouveaux mots qui en cascadent viennent éclabousser les précédents alimentent ce brouillard précis. Jusqu’à ce qu’une vue perce, atteigne, traverse, ramène à la surface. C’est cela le regard, une ancre qui vous extirpe de votre profondeur sableuse et vous porte à l’air, vous fait fendre l’eau par le tranchant, ligne de l’étrave qui coupe le plan, génère une onde sur deux bords chassée. C’est l’attente de ce regard qui donne un sens à l’attente. Puisque sans eau ni signes nous laissons nos ouïes sécher. Ce regard, je l’ai croisé, et j’attends qu’il me réponde. Une dérive à la mer, sans bouteille. Comme les mots, nous avons le tort de surinvestir les regards. Une illusion en chasse une autre, selon notre penchant. Le visuel domine et nous plie. Mais nous aimons être courbés – la vague, noire puissance. Attraper par les mots est facile et non souhaité.

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