Le temps n’est plus à l’océan. L’Aquitaine traversée, le piémont natal atteint, me voilà enclos sous la sous pente de la maison familiale et la masse du tilleul comme perspective en surplomb. Ce tilleul dont, enfant, je récoltais les fleurs avec mon grand-père, assis sous l’acacia, sur l’autre aile de la ferme, tournée vers le fond du vallon des Yolettes. Le temps n’est plus à l’océan quand hier soir encore sur la jetée j’assistais avec d’autres anonymes aux voltiges interdites d’adolescents effectuant des piqués dans le Bassin et bientôt poursuivis, à la nage, par des maîtres nageurs venus de la plage. Vieux jeu du chat et du campagnol à ce presque âge d’homme, quand la transgression aide à nous définir, envers et contre presque tout.
Mais ici, dans la maison des aïeux, le repli prime. Il m’enveloppe. Je n’ai plus accès aux trois ailes du quadrilatère sur cour formé par le bâtiment du XVIIIème, une aigreur de famille a muré ma tante dans sa réserve en contrebas. Par le souvenir je peux encore passer de la souillarde, sombre et remplie d’objets morts, au grenier, où séchaient les trompettes de la mort sur l’armature d’un lit désaffecté. Je peux accéder à la chambre du premier étage, en pignon sur la route et le jardin, où j’ai commencé d’écrire, l’année de mes seize ans, d’avant l’âge d’homme. Enfant puis adolescent je suis venu ici plusieurs fois par mois, en toute saison. Mais depuis des années, depuis le départ à neuf cents kilomètres au nord, loin de l’océan, ici je ne viens plus qu’à l’été, quand la torpeur a le plus de chance d’écraser de chaleur la perception du présent ou la projection, ne laissant passer par son poing puissant replié que la tête du passé et sa langue bifide qui sonde l’air pour, à travers les particules, frayer son chemin.
Après une semaine passée sur le Bassin, rare solitaire parmi les familles, les groupes d’adolescents, les couples de tous âges, voici le temps de la germination estivale, à l’insu des vues, sans accès au réseau mobile, sans commerces, sans volonté particulière, hormis celle de se laisser brasser par la charge du lieu, une fois l’an, comme un passage dans le Jourdain alors que le riu tort devant la bâtisse fait moins d’un mètre de large. Il n’empêche. Ici n’est pas recherchée l’ampleur mais l’amplitude. Et trouvée, souvent, elle est.

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