La chambre est ordonnée. Lattes de pin clair, murs et sous pentes comme chaulés, poutres de l’ancienne grange restées dans un état brut. Meubles en araucaria réalisés par un ébéniste chilien. Accumulation des collections du beau-père décédé dans un accident de moto aux marches de la Russie et de la Chine. Petites voitures, maquettes de voiliers, livres reliés pleine tranche, bandes dessinées. La minutie du rangement. L’ordre matérialisé, traces de ce qui fut vivant, mobile. Photos de son mariage thaïlandais, lui en costume noir, jabot blanc, baskets ou nus pieds. Dehors est silence. Le temps au neutre, après l’orage de la nuit, avant les éclaircies annoncées. Cette nuit, rêve de la relation morte. Elle me quittait, me demandait de ne plus dormir chez elle. Riait avec l’ex qui me succéda, enfin, je l’imaginais ainsi. Posé seul dans le stable de cette chambre, au creux de cette calme campagne, la disparition des mouvements évoque la mort ou l’introspection. C’est un temps mort dans lequel personne ne peut pénétrer. Un temps centré sans diversion. Où à fine dose l’acide du manque s’en prend à la plaque. Décape et révèle la minceur de la paroi, encore quelques morsures et un trou se fera jour dans le métal, ouverture sur le blanc béant.
De jour, certains satellites passent et clignotent dans l’esprit. Des présences se manifestent mais le tube évidé forme toujours l’axe de la structure. L’entêtante figure – celle du tube, celle de la non advenue. Il est question d’une présence, de celle sentie même à distance, dans une douce persistance, rétinienne. Sans, on en passe par des jours fantômes. Et ici, dans ce vert désert touffu, ce creux marque plus encore, s’imprime au long des jours et des pensées. À nous quatre, nous représentons trois générations assemblées dans le calme des repas. À cette distraction s’ajoute la lecture de l’Amour conjugal, paradoxale en période de célibat, livre dans lequel Moravia décrit la chasteté comme moyen, pour le narrateur, de faire œuvre de création. Ses sentiments se maintiennent au contact de l’épouse, la joie de l’aimer dans ses imperfections. Solaire sagesse. « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil », sauf qu’ici, de blessure il n’y a point. « La lucidité est la plénitude la plus rapprochée du soleil » sonnerait plus juste.

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