Dans l’approfondissement de soi, par la solitude, advient un moment où cesse la représentation. A force de descente, un seuil est franchi, blanc. Il n’y a plus à creuser au-delà, il n’y a plus du tout. Cela revient à imaginer ce qui se trame après les confins de l’univers. L’existant du vide. Par besoin de combler. Cette trappe s’est ouverte et m’a montré la limite. Une cellule seule se vit, certes, mais à quoi bon sans interaction forte avec une autre ? Le sens de la vie est nié. La mécanique est en place mais tourne à vide. Tout cela n’est que circonstanciel. Les limites vivent d’être repoussées. Mais à l’heure actuelle je ne vois plus rien passée la saturation blanche. Je ne rends compte des émotions vécues qu’au relecteur de ces pages - moi. Le sens a fugué, l’élan aussi. La part du deux réduite à une boucle sans musique, tout est sous contrôle, l’essentiel échappe.
Ce passage au blanc, l’atteinte de ce grand fond comme il se dit en imprimerie, ce matin, son nom m’est venu : le tiers-étant. Le terme m’a été intimé ; je l’expose. Le passage de l’ordre du deux au trois qui fait la relation. De son antre à un autre, l’entre est le passage obligé - « Je suis votre obligé(e) », voilà bien une formule désuète à raviver. La rencontre est toujours du troisième type ; en triangle, en ternaire, en triptyque, au choix, l’axiome demeure : 1&1 font 3. Font, en occitan, signifie « source ». Quand je vais vers une autre fontaine que moi, espérant être bu et buveur, abreuvé abreuveur, la fonte des glaces devient possible mais sans être obligée – seul le passage l’est (pas si mal au fond).
Ce que je mène, c’est une vie d’inclus reclus. Seul et sociabilisé, par choix et possibilité gagnée – ce statut à la marge dorée est né à la force du poignet, de celui qui prend les décisions de vie et écrit pour vivre, au sens économique et existentiel. Je me suis arrogé le droit, par une constance dans mes priorités, de me ménager ce mode d’existence confortable. Je n’en fais pas un titre de gloire. Il s’agissait de transcrire en actes mes vieilles pensées irrédentistes qui le demeurent. Comme me l’écrit une amie éloignée par fâcherie, j’ai pris le parti de ne pas fuir dans les divertissements du travail ou du prestige social. Non plus que dans l’oisiveté ou la vie sans famille.
Je me concède quelques devoirs auxquels je me tiens. Le reste du temps je me coltine cette liberté tant réclamée qui finit par sortir des yeux à force de poser un champ vide devant soi à toujours ensemencer retourner. Je serais une sorte de héraut du présent occupé souvent à ressasser le passé. Ni lieu, ni mètre. La seule mesure du battement intérieur comme poulie des jours. Destinée partagée avec quantités d’autres vies sans écrits. C’est le seul privilège distinctif de ma fonction de scribe couché. Vis, écris, deviens ; dévie, décris ; reviens, revis. Fluctue toujours, insatiable. Et si demain ?

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