C’est un cliché, et pourtant. La forme ne lasse pas : la découpe de la côte, l’étrange outre-bleu à la surface des fonds sableux, les pins parasols en oblique, la figue dispersée dans l’air peu salin, les demeures recluses derrière leurs barrières hautes, les quelques bateaux ancrés. Le mouvement naturel de l’eau est la dépose. Glissade lente vers son propre fond sur le même mouvement que celui du corps attiré par la profondeur. La fin des accessoires, des visages tendus. Je suis un axe descendant. J’ai un monde de souvenirs qui se dissipe en tête et laisse place nette, évitant l’embolie. Je suis une envolée qui s’éloigne du ciel. J’ai le poids du liège en surface. Une vie tiendrait-elle dans une crique ? Non ; mais l’idée m’est indispensable. Malgré la présence artificielle des oligarques et des petites frappes clinquant de métal pauvre.
Qui m’enlèverait d’un environnement pensé par Cézanne ou Eschyle ? Cette vue est la plus élaborée qui soit malgré sa rudesse apparente, ses matériaux pauvres qui sentent la poussière, la laisse de mer et la résine. J’y suis dans l’état le plus approprié à saisir le moment, seul de corps et d’esprit. Autant la ville explorée demande présence, autant ici la présence à soi se suffit. Elle focalise les rayons qui ricochent sur les surfaces exposées blanches. L’écriture vient cogner ses signes sur la pierre dure du réel. L’érosion retire les lignes dans un élan jamais stabilisé. Le moment n’appelle à rien que lui-même mais nous avons la folie d’y revenir, de biais, par le heurtoir des mots. Condamné par une tumeur au cerveau, ce chercheur a eu besoin d’en repasser par le sas du livre pour se préparer librement à la mort. Pour un parlant, combien de silencieux stoppés ? Combien de pensées vécues inconsignées ? Les écrivains dressent la caste des parleurs sans être toujours s’en montrer dignes. Le poème de la mer abroge tous les livres le temps d’une immersion. Seul compte l’instant étiré dont rendre compte étire encore la durée, mais sans restituer l’évidence des sens. Un texte est l’amande amère qui reste quand la causse dérive encore en lieu et place.

Et pouvons nous oublier que le texte fut le corps de l'élan, qu'il a brûlé en nous l'excédent dans son amoureuse disponibilité? Et qu'il offre d'être ce feu longtemps, où jeter des liens dans la lente incandescence de vivre . La nostalgie revient de l'écart d'un mouvement brisé dont l'élan jure se venger. La cendre, insécable lie d'être au vent la promesse d'une dispersion, rassemblé à l'air libre. Écrire prend tout, là où l'être désespère d'être soi. Qui osera se suicider du refus d'aimer?
Amitiés
Rédigé par : Anael | 05/08/2011 à 11:20