A ce moment-là, je n’étais plus dans, j’étais du temps. L’ouïe et la peau font entrer dans cette matière qui flue plus qu’elle ne fuit. Tout s’agrège en eau et se déroule en cercle, comme cette image paradoxale d’Escher où la cascade et la source sont sur le même plan quand, à première vue, il semblait qu’il y eût une chute, un avant / après, une profondeur de champ – non, rien de tout cela, l’écoulement est un enroulement.
En se plaçant face à la bande de lumière tombante, cet angle bientôt fermé qui sature les couleurs sous un filtre d’alumine, la compréhension vient directement au corps. Les images s’oublient, même les plus blessantes et récentes – le hasard qui remet face à l’image d’une relation morte, cette image d’elle, qui l’a prise ? Était-ce moi ? Cela y ressemble. Pourquoi la conserve-t-elle ? Mais ne fais-je pas de même ? Effet miroir de deux ex-voto nihilo.
La beauté est d’accéder à ce sentiment du temps enroulé – un kayak de mer traverse la bande du couchant, un baliste palpite et suffoque dans le sac plastique laissé par un pécheur sur le ponton mobile, quelques couples et familles font avant la nuit le tour de la jetée qui s’achève par un arc de cercle aligné sur le nord. Quelle sensibilité prime à cet instant ? Quel ressenti est partagé, quand bien même vécu ou formulé d’autant de façons d’être ?
J’en passe par l’écrit comme si j’avais une restitution à faire à ce lieu et à son atmosphère scintillante, ces genêts d’or sur fonds de bleus, du ciel, de la mer, comme l’écrivait d’Annunzio. C’est un geste inutile. Ni la lumière ni les éléments ne sont là par intention ou raison. Ils sont. Intransitifs. Ils nous mettent en mouvement (émeuvent) et nous font traverser. Les sentiments, les concepts. Quand l’expérience est finie, des bris restent sur la terre dégagée par la basse mer. Jusqu’à la prochaine montée qui prendra, réassemblera, déposera.

Commentaires