« Je ne ressens plus l’étincelle. Je ne te rejoindrai pas. J’ai perdu le souffle »
1.
L’incompréhension est une étoile morte. Dans cet espace où l’air s’est retiré, le son est impossible, mais il y a bien une déflagration à l’oreille interne. Le moment reste interdit. Des claustras coupent le regard, le soir approche, le fleuve flue dans une courbe de la ville appelée Port de la lune par sa forme en croissant.
2.
La colère a la matière d’un aveuglement blanc. C’est une voix qui appelle en pleine nuit, pour nuire, à dessein. Ce sont des ondes brisées qui se télescopent dans une voix hachée sans souffle. C’est une énergie dans l’impasse. La ville n’entend rien, ne peut rien entendre, c’est un corps inerte, figuré, sans sens.
3.
Le soulagement a la durée d’une volute d’épaisse consistance. Tout semble plus vif : les couleurs extérieures, les formes, les sons. Tout est léger, aérien. Le lien rompu rompt la pesanteur.
4.
L’abattement est l’allié présent des jours et des nuits. Il prépare la terre aride, celle où dénouer les racines au profond, au loin, au creux.
5.
Le monde tient dans un lit. L’en-vie est un continent étranger, imperceptible du large où l’on stagne, coule. L’eau n’est pas un témoin. La descente s’y fait, lente, au plein du silence et du poids de l’eau.
6.
Le souvenir triste est la seule saveur rémanente. La gravité change les dimensions. Tout pèse tant de fois plus, comme la cinétique du corps qui travers un pare-brise après l’arrêt brutal dû au choc.
7.
Le sursaut a les couleurs ultraviolettes de l’arc-en-ciel et des sorties nocturnes. Les corps font à nouveau signe. La puissance attend.
8.
Le crépitement a un temps. Il brille d’autant plus au moment où il va s’éteindre. Retour à l’enfoui, à l’enfui.
9.
Tristesse qui ne demande qu’à être sue et soutenue. Amis, proches, percevez la douleur en don de confiance.
10.
Le voyage, les pins, les rouleaux, l’air tiède, le vin. Un sentiment neuf se pose. Le premier plaisir à se sentir seul. La très faible lumière joyeuse perçue dans l’ouverture progressive de l’horizon. La terre est retouchée.
11.
Chaque palier est une steppe à prendre. Faite de possibles. Du creux comblant de l’attente.
12.
La trajectoire porte sa propre finalité.
13.
Meurs et deviens.

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