L’inconnu
se présente parfois comme un pays de connaissance. Dans cette enclave polonaise
de France, il verglace à rivière durcir. En bord de Meurthe, dans ce quartier en
transformation architecturale, l’hôtel est impersonnel à souhait, distinct d’un
extérieur stylé où la lumière basse d’hiver a le goût des boudoirs roses. Des
Anglais en leur péniche sont prisonniers des glaces temporaires. La place
ducale est plus intimiste que je ne l’avais imaginée, trompé par les reproductions
de photographies en grand angle qui exaltent le monumental. Ses abords,
modestes, la livrent soudain pures en ses proportions - il arrive qu’un
tronc banal débouche sur un sublime sexe, comme il se dit de la sublime porte
ou de Bab Mansour. Comment apprend-on
d’une ville, d’une personne ? Comment en fait-on connaissance ?
Peut-être en s’asseyant sur un banc immergé par lequel la cage thoracique
devient caisson de résonnance des sons. Ni ouïe ni toucher, un sens vibratoire
ajouté au pentagramme habituel de notre conscience.
La
monnaie-du-pape prolifère en ville, des pieds de lampe en bronze aux balcons
métalliques, végétaux durcis par l’architecture, ossifiés, comme ce plafond du
café Excelsior où les palmes ressemblent à des squelettes de cétacés. La psycho
géographie des situationnistes apprend à renouveler le regard sur les formes
inépuisables des villes. Ainsi en vont les liens de personne à personne, de
femme à homme.
La
pépinière ouvre sur la pierre de Stanislas. À quelques kilomètres de là, la
ville de Léopold a du grès des Vosges dans les veines, ce rose des boudoirs,
encore. Mais ici, à Nancy, le blanc royal domine.
Quand
il faut en partir, à regret, la tendresse glisse sur le savon dur du sol où par
moins cinq degrés la pluie devient transparente en surface. Bulle de temps
lorrain.
Dezga, Polska.

Les commentaires récents