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    Tisseuse de mots et d'images, cette poétesse et revuiste aime à créer des liens entre ces deux pôles, depuis son sud varois.
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Droits d'auteur

murai

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cime terre

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"Poésie : pourquoi, comment ?" / Antoine Brea

La contribution du poète Antoine Brea.


La poésie

M’irrite

Expose mes chairs

Aux quatre vents

Attirant

Les moustiques

 

La poésie me

Croix

Ces mots qui se retournent

Comme une peau de

Calvaire

 

La poésie

Du sang

Fouetté

Battu en

Neige

Baquet d’eau sale

Jeté de très haut

Dans le tourbillon de

L’ennui

 

En poésie

Dormir des nuits de

Cercueil

Avancer à pas lents

Communiste

Les cheveux grands ouverts

 

La poésie m’en

Fous

Et je tremble à cheval

Sur le ventre du

Langage

 

Cette poésie qui

Aux dents rivées

Colore mes lèvres

De boue

Noire

Epouvante

Goudronne les êtres

Comme je les embrasse

 

La poésie

Ma bouche saigne

Pour faire monter les rêves

Où des tableaux pendus par

Des dizaines de tableaux qui

Un homme gris

Toujours le même

Gris

Liquidé

Répand sous ses

Cuisses

La matière brune

Du poème


 

La joie ramène au passé quand on en cherche l’image

La joie ramène au passé quand on en cherche l’image. Là est la sécurité de ce qui fut. L’esprit en recherche est une goutte qui glisse sur le bord interne et lisse d’un arum avant de plonger dans son trou noir central. Parce que notre soleil brûlera ses dernières ressources sous la forme d’une queue de gaz et de poussières de treize années-lumière de long il est important de chercher à dire les détails infimes des rouages. Nous espérons tuer le tigre de papier en nous. Nous aimerions défier les tenants et produire de la matière par nos pensées, être initiés, écartés et à nouveau ignitiés. Le soleil, notre soleil, grandira jusqu’à englober la terre, notre terre. Que quelque chose pensant soit encore là pour en témoigner car sans regardeur la réalité manque de recul. Pourquoi l’odeur du tilleul ou du buis d’enfance offre la sécurité du souvenir, la joie de moments morts qui sur le moment étaient si peu ? Pourquoi retourner à ce bloc de sel que nous léchons comme chèvres ? Quelle matière du présent a ce goût d’espace - non, plutôt de mer -, restant dans la fraîcheur présente, la prochaine seconde.

  

Revue de presse / "chant de la pierre tombale"

Article paru dans le numéro de juin 2009 de la revue Kiosq.

  

Revue Kiosq Saint Quentin en Yvelines juin 2009

Note de lecture / "Après tout même toi"

La vie est de brûler des questions.

Je ne conçois pas d’œuvre comme détachée de la vie. »

Antonin Artaud, L’Ombilic des Limbes

 

Note écrite par la poètesse Nathalie Riera.

 La rencontre (im)possible entre le poète (mais aussi) psychiatre Angelo Guarnieri et la poète (mais aussi) internée psychiatrique pendant près de quinze ans Alda Merini. Ces deux êtres, chacun sur une rive de la vie, font des mots un fleuve qui les baigne et les nourrit.


Après tout même toi/Dopo tutto anche tu

34 poèmes de Alda Merini traduits par Patricia Dao

« disait le poète disait l’ouvrier » collection de poésie contemporaine

Editions Oxybia, juin 2009 (édition originale 2003)


La paix est si petite, Alda Merini, on ignore vraiment ce qu’il faut pour s’apaiser. Sagesse de brûler toutes questions, mais allégresse quand croire que la folie est un profond lien d’amour. L’art de l’amour.

Enfant de la déréliction, mais avec tout à la fois l’heureuse certitude d’avoir été profondément aimée, et la cruauté d’avoir été assassinée.

 Je sais que l’on meurt/Lo so che si muore.

Mais que la mort vienne/Ma che la morte venga

de la main qui te devait des caresses,/dalla mano che ti doveva carezze,

mais que l’amour cache l’étreinte mortelle,/ma che l’amore nasconda l’abbraccio mortale,

Dieu résous-moi cette énigme !/Dio risolvimi questo enigma !

(p.64)

Vous lire, Alda Merini, c’est se demander : la poésie intéresse t-elle le poète ? N’est-elle pas, à l’instar de l’esprit, en dehors même de ce que nous nommons poésie ?

 Vous éprouver, Alda Merini, c’est aussitôt revenir vers Artaud, à ce que lui-même « pensait » de la pensée et de la poésie, à savoir tous les moyens qu’il faut pour les libérer de ce qu’elles-mêmes s’infligent. Et puis, acquiescer quand il écrit : ce n’est pas l’homme mais le monde qui est devenu un anormal.

***

Il y a la lutte et il y a le goût pour vivre, il y a ce qu’il faut atteindre de soi et qui est inatteignable, il y a les débâcles pour nous dire les précarités de toutes choses. Il y a ce qui s’use, ce qu’il faut endurer. Il y a les deuils, il y a le chant qui tremble, pénétration, palpitation, la voix qui aime qui se plaint, le vivant à la lisière de ce qui s’efface de ce qui revient de ce qui n’a jamais disparu.

Et puis, il y a cette histoire, entre elle et lui. Alda Merini et Angelo Guarnieri. Cette amitié tendre et solide, qui dure désormais depuis 1995 .

 Une relation entre personnes qui se téléphonent et se parlent avec plaisir, qui apprennent à se connaître et à se tolérer, qui s’échangent des dons, qui rient quand c’est amusant et se plaignent et se soucient quand les choses de la vie se tournent vers leur côté obscur… (Préface Angelo Guarnieri).

 Vous deviner, Angelo Guarnieri, dans cette amitié vraie, dans ce temps de votre relation où l’amour est artisanat.

***

 Ensevelie

dans l’amour de tous,

je n’ai plus un souffle de jeunesse.

Je voudrais escalader des montagnes énormes,

embrasser les murs de ma maison,

me sentir sale pleine de boue.
Pourtant ici chaque jour

ils prennent soin de moi.

Et lentement ça m’éteint.

(p.63)

Sepolta

dentro l’amore di tutti,

non ho piu un respiro di giovinezza.

Vorrei scalare montagne enormi,

Baciare i muri della mia casa,

sentimi sporca di fango.

Eppure qui ogni giorno

hanno cura di me.

E questo lentamente mi spegne.

***

 Tu ne m’aimeras jamais/Non mi amerai mai

a dit un jour Salvatore Quasimodo à Alda Merini

Parce que tu aimes le monde entier/Perché ami il mondo intero…

(p.106)

Couverture 

   

Revue de presse / "chant de la pierre tombale" bis

Article paru dans le numéro de juin de la revue Décharge, écrit par Jacmo.

    

ArticleChantDéchargeJacmo

 CouvDécharge142
  

Revue de presse / "chant de la pierre tombale"

Article paru dans le numéro de juin 2009 de la revue N4728, signé par Albane Gellé.

   

ArticleChantN4728AlbaneGellé

 CouvN4728
  

2005 Belle Ile plage du Donnant plongée sur étang sableux

Ainsi donc existerait une voie imaginaire

Ainsi donc existerait une voie imaginaire par laquelle monter et descendre comme au long d’un tube de verre du ventre à l’espace. Pourquoi utilise-t-on si peu cet ascenseur mental ? Il y est dit qu’un amour vécu en correspondance et la naissance qui s’ensuit justifie toute vie. La joie compte peu sur les mots pour vivre. La tristesse rend plus prolixe. Ce n’est pas une question de pudeur. Dans un cas la flèche construit intérieur et dehors mêlés, dans l’autre de gravats on tente de sauver quelque chose, noire sablière plutôt que rien. Pourquoi ne pas décrire deux êtres simplement joints en liberté jusque dans le tendre et ferme acte sexuel qui les voit s’appeler mon délicieux amour et amant ? La conscience de se savoir seul accompagné, la complicité des pensées, la note tenue à la même vibration, la physique de tout cela, le plaisir de la constater, partagée.

Un texte secret

posé entre toi et moi

en construction de mots

la vie monte

de ma verge à ta voix

cette rare sensation

d’un pays mental commun

deux consciences

en viennent aux mains

doucement

justifiant, s’il le fallait

l’histoire du temps

l’évolution inerte puis de la vie

pour en arriver là

gioia

lacrime di gioia

le rythme du monde à cet instant

c’est tes cuisses qui traversées d’énergie ont le même mouvement mécanique

toute l’histoire du temps

tenue dans ce compas de chair

gioia

lacrime di gioia

 

2005 Beaumesnil intérieur bleuté cabane mare

Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre

Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre.

Dans une vie passée je serai danseur, musicien, peintre, architecte, chanteur. J’aurai la clairvoyance d’écrire des gymnopédies pour piano, de poser à Berne trois dos de poisson métalliques dans un champ, de les ouvrir par des parois vitrées sur une butte d’herbes folles et d’y laisser entrer les peintures flocons de Paul Klee. J’aurai la grâce des métamorphoses dansées par le ballet de Marseille. Ma vie tiendra aux fils d’un tableau de Max Ernst, entre soleil, lune et autres symboles dépassés par l’évidence d’une trouée des sens. Je continuerai de chercher ce qui m’échappe. J’apprendrai à aimer l’insatisfaction et l’inachevé car une pensée émise persiste du premier élan au point de percuter celles nées tant de vies auparavant. La mousse ne naît pas sur l’arbre ou en forêt. Elle se crée d’abord dans l’humidité du sol. Elle justifie les averses et les cycles d’évaporation, condensation et précipitation. La pastorale d’Honegger écrit ces transitions du jaune dilué au rouge, du rouge au vert tendre. Les papillons emplissent la salle et les têtes. Après, il faut pouvoir décrocher d’un tel monde, où une suite bergamasque suspend toute énergie, nous transformant en onde. Après, il faut accepter de vivre en demi-ton, demi-teinte, faire en sorte de renoncer à la note surnaturelle de Lakmé. Tout s’apprend, même aimer ses imperfections, même viser l’étoile pour la trajectoire que cela demande.

Que nul n’entre ici s’il n’est que géomètre.

  

La quête du poème

La quête du poème à venir qui jamais n’arrivera fait écrire et revenir à la tentative aussi belle qu’une pénombre de printemps où le dessin des étoiles sur la nuit est à l’image de la marelle de craie sur l’asphalte et non l’inverse puisque, humains, nous pouvons décider pour une fois d’être les divinités de ce monde ordonné ou pas. La baignade au lac puis la vision de hérons dans les tilleuls d’une embouchure secrète entrent dans ce même dessein d’avoir prise confiante sur la vie, d’être pris en confiance dans son courant descendant. L’évolution est parfois rapide, radicale, opposée, versatile, humaine toujours, et la tentative existe aussi pour cela : en rendre compte à tous les sens. L’interprétation est ce qui importe plus encore que la création qui la précède. La liberté se fixe en elle par une attache fine de poignet. Les graminées des confins de la ville, violettes d’herbes sauvages, dessinent cette liberté : une ondulation même sans vent, de la souplesse et de la grâce, un résumé du visage de la chanteuse de quatre soirs aimée. L’eau du lac a aussi cet éclat. La tentative aime que des rapprochements viennent naturellement entre des réalités perçues séparées, en tous les cas rarement associées. La tentative cherche à laisser parler l’évidence des signes (le chiffre 21, la lagune verte de Portofino, chacun choisit les siens en fonction de son histoire). La tentative existe avec joie sans s’imaginer persister. Une couleur ou une chenille s’ouvre et parfois une vie en est changée qui se trouvait là et souvent une pensée en naît par transmission. La tentative est tout cela. Un don travaillé.

  

Note de lecture / "Brighton West Pier", d'Isabelle Guigou

N. B. : cette note écrite en mai 2009 est également parue sur Poezibao et Les carnets d'Eucharis.


« Mot à mot, l’écriture reconstruit / Pierre à pierre / L’appartement / T’y transporte / Te voilà jeune encore malgré tes cheveux blancs ». En 2007, dans Le parfum des pierres aveugles (éditions Clarisse), Isabelle Guigou avait su trouver le juste équilibre entre l’émotion restituée par la poésie et l’évocation d’une réalité douloureuse. Le Brighton West Pier que vient de publier Le chat qui tousse naît, de nouveau, du rapport entre un lieu et ce qu’en retranscrit la mémoire sensible de l’auteur.

Ce West Pier de Brighton, au sud de l’Angleterre, est une jetée du XIXème siècle sur laquelle se trouvaient échoppes et salles de concerts. Mais depuis plus de trente ans le lieu est fermé au public. « N’habitent / Le West Pier de Brighton / Qu’oiseaux et photographies anciennes / La passerelle métallique / S’incline / À genoux dans la mer/ Le temps rabote l’arrogance / L’approche du rien nous plie à l’essentiel / Là, un squelette / Que la mer démembre ».

Il y eut de la vie en ces lieux, de la joie, des relations tissées entre les êtres. Mais de là, comme de la maison familiale de Pézenas évoquée dans Le parfum des pierres aveugles, la vie s’est retirée, comme une marée descendante définitive. De la méditerranée à la Manche, l’évocation a changé de rivage mais aussi de dimension, passant du cercle familial à un lieu public désormais désaffecté. Le West Pier semble figurer la descente inexorable vers la mort tandis que la passerelle parallèle, la East Pier, « plus moderne / Avec ses grandes roues et autres attractions / qui vous décollent du sol / Rabâche / Nos rêves de dépasser / La terre ». Paradoxe à vouloir ainsi quitter le sol, car aller au ciel peut aussi bien signifier s’élever, spirituellement, que cesser de vivre.

Quelle quête poursuit Isabelle Guigou dans ce poème ? Peut-être « pénétrer la mer / Comme si nous pouvions féconder / l’éternité ». Qu’en espère-t-elle ? « Assise sur le bord / Tu attends que le flot t’insuffle / La semence de l’horizon ». L’eau et ses cycles, porteuse de renouvellement, quand bien même le point d’où on l’observe est vermoulu et laisse apparaître un squelette « que la mer démembre ». Tout ceci est exprimé sans afféterie, dans une juste distance entre le refus du cliché lyrique mais aussi du cliché prosaïque – une poésie à hauteur d’être, qui regarde le ciel et le sol dans un même mouvement circulaire et rend compte des deux plans, terrestre et céleste.

La poésie d’Isabelle Guigou sait poindre sans s’en gargariser. Elle vise juste sans s’en flatter. Cette humilité se retrouverait-elle dans ces vers, allant jusqu’à la négation de soi ? « Les vagues n’auront pas même / À rouler tes os : / Tu ne fus jamais que le débris / D’un toi impossible ». De ces quelques mots doucement assemblés, jaillit une dureté quasi nihiliste. Quasi, car la vague continue de rouler et apporte à la fin du poème, malgré la disparition programmée des bâtiments fermés du West Pier, « Une lueur d’espoir notre phare / Un mot / D’amour / Pour ceux qui voguent ».

Sur des thèmes aussi usés et chancelants que le rivage, la mer, la mort, l’appel du large, Isabelle Guigou place sa voix. Peut-on la dire moderne ? Elle apparaît surtout humaine et intemporelle et cela, sans réfuter l’interrogation contemporaine sur la fabrique du poème : « (L’écriture / Une parole sur pilotis / Que cerne et emplit / Le silence) ». L’aphorisme tombe juste lui aussi ; il a sa raison d’être dans le mouvement de ce texte à la fois ample et condensé (une quinzaine de pages au format carnet, comme l’affectionne Le chat qui tousse en la personne de son éditeur, Franck Cotet). Qu’Isabelle Guigou se rassure : oui, elle réussit à parler « à la mer comme à un dieu ». Oui, elle sait trouver le langage qui lie cœur, corps et esprit.

Un être juste, vraiment, jusque dans son écriture.

 

Brighton West Pier, d’Isabelle Guigou

Le Chat qui tousse (2009)

20 pages, 5 euros

chatkitousse@aol.com

 

Notes faussement savantes pour la traduction d’un poème imaginaire

Étrange que ce poète ait testé tant de formes (et tant d’inabouties) quand là il avait trouvé la clé du sol et du ciel réunis

Essayer de résoudre le paradoxe que quelque chose d’aussi profond n’est peut-être qu’une fiction, comme si sa traduction était l’ombre portée d’un objet inexistant, un prétexte

Quelles intentions ont présidé à ce non-écrit ? Se rêver en l’auteur pour l’imaginer

Les mots vivent à gué entre la beauté des idées et la force de l’invention – le créateur est là jusque dans le silence des lignes

Par où commencer ? La chute, le ventre, la note de tête du poème, son parfum général, son sillage ?

Faire sentir dès l’attaque qu’on entre dans une œuvre-monde – ça ne se dit pas, ça se vit à la lecture

Que le doute plane

Que les perceptions soient bien tangibles : conversations au soleil, passage du vent dans l’air clair, désaltération, déplacements de la pensée et des villes

Traduire est si paradoxal que le faire à partir d’un poème imaginaire ramène finalement à la raison

  

quatrain

 

Compagnonnage de colonne au soleil : deux ombres, noire, blanche

 

 

Il faudrait savoir résister à la tentation de regarder à la dérobée. Déjà, au ventre, par anticipation, l’acide d’avoir affirmé sa puissance, d’avoir entamé sa confiance
« ça » étant deux

 

quatrain

La litanie des titres compose peut-être son plus essentiel poème

 

 

Devrait être louée l’insatisfaction par qui l’entretient. Mais pas même cela n’est satisfaisant

 

 

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Nos technologies ont la persistance du jasmin

Nos technologies ont la persistance du jasmin. Elles déplacent à merveille les décors d’un opéra. Dit autrement : les tonnes de bois blanc glissent entre les airs. Nous lisons pour retrouver le goût du lys ancré en nous. Nous écrivons pour chercher à l’effacer. L’urgence vient de là : que la transparence nous quitte que le rêve du jour n’ait pas eu le temps d’être fixé. Avril mai bientôt révolus. Nous devrions penser aux lecteurs qui jamais ne seront. Nous devrions nous souvenir du jeu de la vie quand nous dramatisons à l’excès nos vies privées. À quoi donnons-nous de l’importance ? Donnons-nous simplement ? Parfois un destinataire inconnu a la valeur d’une société entière. Il est cette part inconnaissable que nous traquons dans les gouttes de lait de nos réveils. Il a ce souffle de lys et jasmin, pavot et mémoire – car les maîtres jamais ne cessent d’enseigner sans vérités. Des ferments sont plantés en tête en mémoire. Grandissent, vivent et deviennent, autant de lampions dans la fête foraine de nos pensées. Nous devrions plus souvent travailler allongés dans nos chambres portés par nos questionnements sans salaire. La grève du sens s’est retournée contre nous -  nous, ce si beau pronom impersonnel. La vie remonte en bulles et traversent nos assoupissements de leur goût de fleur. En mémoire ces mondes d’instants veillent mieux sur nous que la forme caduque de nos technologies. En mémoire lait lys et jasmin sont nos puissants marqueurs, assemblés sous d’autres logiques. En attente.

 Postscriptum : sans paroles, nous sommes langage et sans présence quotidienne, nous restons le présent de l'autre.

  

Parfois les mots tombent comme des pierres

Parfois les mots tombent comme des pierres. Je voulais écrire « d’eux-mêmes » mais les mots n’ont pas d’identité. La femme qui dînait seule en terrasse en contrebas de ma fenêtre ouverte sur la dispersion jaune de ce soir d’été printanier a été remplacée par un couple sans forme. Ses mots à elle montent sous la poussée du son vers mon rebord : « D’une intensité rare (dans le désir notamment) l'homme verseau peut changer du jour au lendemain... il lie minutieusement et tourne le dos soudainement... De là à dire qu’il est inconstant...? ». Elle voit juste et je ne peux refermer la fenêtre sur le noir du soir.

L’ombre de la couleur plane toujours un peu sur les textes, de même que l’air des éléments – sans parler du sillon des femmes. Parfois un poème cherche à exister sans retour à la ligne. Existe-t-il jamais entre qui l’écrit et le lisent ? Parfois l’envie prend de lier le tableau « Les hommes n’en sauront rien » de Max Ernst à la sculpture « Boule suspendue. L’heure des traces » d’Alberto Giacometti, en passant par des tableaux de feu d’Yves Klein, l’élan sexuel formant un arc électrique d’une image à l’autre. Parfois le poème court dans un sous-bois à neuf heures du matin et en ressort frais de vert, transpirant. Parfois tout est à sa place, sans rien à redire ou retrancher. À la place, tout est là, à l’ordre et libre. Parfois il n’y a pas de sens précis sinon une apnée bleue avec son ombre portée sur le sol de la piscine qui semble déformée par la traversée du jour dans l’eau palpable. L’évidence est celle des corps alignés dans l’axe du soleil qui cherchent à brunir en se regardant à la dérobée.

On n’est pas plus que ces corps chauffants qui s’immergent périodiquement et c’est immense.

 

Revue de presse éditions d'Aldébaran / éric sénécal

Article paru dans le numéro de mai de la revue Publications, de l'Agence régionale du livre de Haute-Normandie.

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Revue de presse éditions d'Aldébaran / "Chant de la pierre tombale"

Brève parue dans le numéro de mai de la revue Publications, de l'Agence régionale du livre de Haute-Normandie.


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Un temps de blessures

Un temps de blessures. L’esprit n’a pas su l’appeler autrement. C’était l’évidence du moment, une chose définie pour tout ce qui n’en comptait pas alors (la vision, l’énergie, la structure, la constance). Il n’y à pas d’apitoiement. Simplement, une force terrasse l’intérieur et ce qui en sort n’est ni jardin zen ou sauvage, mais un état interne réduit. Le corps joue à l’élastique qui sait se prolonger au-delà de sa limite physique sous l’effet de l’euphorie ou de l’illumination du voir vrai, qui sait, au retour de balancier, se réduire à la taille de la rate, la face barrée d’une tristesse sans motif. Pas plus d’apitoiement. En gravure la pointe sèche laisse un trait net sur la plaque de métal, comme une douce incise sans écoulement. Ici se cherche ce contour, dévitalisé et, malgré tout, cherchant à imager ce qui ne bat plus.

   

"Poésie : pourquoi, comment ?" / Laurent Albarracin


La contribution du poète Laurent Albarracin.


* * * * * * *

Trente-sixième sonnet

à Isabelle Dalbe

 

La fleur aujourd’hui ne fleurit plus mais reflue

Telle une vague invaginée, telle une plage

Se retirant indéfiniment en elle-même,

Résorbée en l’orbe de sa rétractation.

 

Elle s’abîme et s’obscurcit en son velours

Ne pouvant éclater qu’au plus sombre d’elle-même

Par occultation et creusement, cernée puis

Comme enluminée par le désert alentour.

 

Qu’est une fleur sinon un vase qui se boit ?

Qui se boit comme vase, les doigts au calice

De soi, la gueule ouverte et toute se versant.

 

C’est de la beauté ravalée et déglutie

Qu’une fleur, un hoquet hochant et empruntant

L’étroite trachée douce et vive de sa tige.

   

Bâtiment à énergie positive

Bâtiment à énergie positive, le corps l’est aussi, qui, s’il cesse d’émettre du dioxyde de carbone, devient bâtiment à énergie froide, puis bâtiment désaffecté et démantelé. Le printemps automnal est une saison de bois. Les viscères, de la rate à la vésicule, macèrent et produisent une énergie atone, où seule la négation donne l’impulsion. Cycle d’une contre-saison. L’image qui vient est celle de la terre à gratter profondément pour se soustraire à tous, sans motif. Oui, normalement l’automne est l’époque des fugues mais l’énergie ou plutôt son absence a sa propre mélancolia, elle se subit et se révolte contre elle-même si enfin, enfin, un bout de bleu monte du ciel et déchire la pensée, traversante lumière qui elle redonnerait goût à sortir de chez soi et de la somnolence remplie de pages lues à vide. L’heure n’est plus depuis des années à chercher à comprendre ces mécanismes, la patience a donné l’acceptation, d'une opposition finit par s’échapper une force, d’une contradiction la sortie est plus aléatoire puisque rien ne vient en butée, faire levier, un barrage, un appui, une lame, un champ, une ouverture, une saignée, une trachée, une trombe, un enzyme, un germe, un quelque chose se redressant, avant la prochaine nue.

   

"Poésie : pourquoi, comment ?" / Cécile Messana

La contribution de la poétesse Cécile Messana.

 

Mais comment faire autrement

Quand l’on ne sait pourquoi

Un jour elle s’empare de vous

 

« habiter le monde en poète » écrivit Hölderlin

 

Entrer en poésie comme en un lieu

Familier & dans le même temps

Absolument neuf, puissant, étrange

 

Se laisser surprendre  par les cailloux

Blancs, les signes, les mots surgissant

Comme des balises de feu & de vent

 

Sentir avec acuité le moindre bruissement

Intérieur dont l’écho est celui du dehors

Qui offre son corps brut de silence ouvert

 

Ne plus savoir ni pourquoi ni comment

Seulement ne plus pouvoir faire autrement

Que voir, vivre & dire en un seul souffle

  

Poésie : pourquoi, comment ? / Patrice Maltaverne

La contribution du poète et revuiste Patrice Maltaverne.


Suffit d’éclairer une fleur

Cultivée en vasque

Au balcon des têtes coupées

Pour voir l’extrémité du monde

Au bout de son nez

La si longue-vue microscopique

Qui n’annihile pas les détails

De la pose d’une rose

Au sein de la crucifixion

Enfin gaie

 

Suffit de faire pousser la verdure

Sur les ordures

À tout bout de champ

Pour se dire

C’est de la poésie

Et au bout de la dixième leçon de maintien

Les nappes phréatiques débordent de nitrate

À la surface de la terre

Les aveugles s’ouvrent le crâne

En tombant du cinquième

Ils n’ont pas su comment

 

Pas trop tôt

Ne restent plus que quelques croix

Pour accompagner le crépuscule

Seule la poésie est toujours là

Comme un voleur qui glisse

Entre les âmes de cendre

Et ces trous qui parasitent

À l’infini nos pauvres héritages

Monomaniaques

 

Dans l’immédiat

On s’acoquine avec ce rien qui dure

Depuis des années

Pendant quelques minutes

Des gens gelés dans l’abribus attendent

Avant de décoller

De leur alvéole d’abeilles

Du muséum d’histoire naturelle

Ils s’en retournent à leurs petites affaires

Ces humains du vingt et unième siècle

Qu’aucun génie de la science n’oubliera d’exposer

Dans un futur muet

Au fond des jolis bacs de décantation

Pour handicapés de la mémoire

 

Attendez leur dis-je

Ne vous en faites pas

Moi aussi je suis du convoi

De l’alvéole

Je ressemble à l’un de ces faunes

Qui filent direct aux égouts

Vous savez

Le temps des statistiques

Se compte en secondes

De liberté que déchire

La colonne des moustiques

Mais la note qui domine

Est un silencieux

Appliqué sur les tempes

De ces non-exposés à une autre descente

Que celle des urnes noires

 

Alors pourquoi ne pas laisser les poèmes blafards

Se coller avec le vent de la voiture balai

À l’arrière du joli placard

Pour autistes ?

   

Poésie : pourquoi, comment ? / Patrick Hutchinson

La contribution du poète Patrick Hutchinson.

 Maguelonne 011

STATION FRACTALE XXVIII

(Apocryphes et Postscripta)

 

                            I.

 

           Vent d’automne, pluie fine

Sur le relief des années, du cœur

Le chant de Han Chan, Autumn Wind

          A new-old Domna, new days, new ways

 

Et puisque Mon Cousin, Mon Colibri et sa grâce

                              nous accompagnent,                      

Nous reprendrons la route du vent, de la pluie              Toi, qui a failli  être

 Pour de nouveaux rendez-vous avec le destin          ma  Blanche  de  Cazalis                                                                                                                                                                   

                              à l’implacable rigueur

En mâchonnant le fenouil, la badiane

                              des bords de chemin,

Et en buvant l’absinthe de la route inverse

- Alors que le poème seul nous autorise,

                              nous guide et nous soutient,

Alors que des nouvelles de désordre

                              nous parviennent

                              des frontières de l’Empire

(Alors que moi, fonctionnaire infime, cramponné

                               aux devoirs d’un poste obscur,

Je sens presque partout l’imperceptible craquement,

                               je sais que la terre a tremblé)

Alors que de nouvelles lignes, pour de nouveaux partages

Dessinent des cartes encore insoupçonnées,

Vieux déjà, je reprendrai la route des cimes,

                              j’emprunterai le chemin des exclus,

                              des transfuges, pour l’improbable pari,

Puisque seule la poésie tient les fils du devenir en lige

                              et seule sait les démêler,

Le poème seul connaît le dessous des cartes, le registre

                              des changements

Et que la musique savante manque et manquera toujours

                              à notre désir

 

                           V

 

Aix, je veux à nouveau habiter l’errance du poème,

Le nomadisme des écritures, l’errance du désir

Dans la limpidité de l’air des jours de l’automne

Où les femmes n’auront jamais été aussi belles,

Romancières d’elles-mêmes, immortelles images,

- L’art et la technologie du Semblant

Leur permettant toujours mieux d’étendre

Leurs salutaires ravages -

Les couples aussi sont magnifiques et la géopolitique

                        est à réinventer

A réinventer ou à abolir

Tandis que les puissances centrales essaient de manoeuvrer

                        pour tirer leur épingle du jeu

Face au nouveau chaos où elles-mêmes se sont précipitées

Et que la valeur marchande trône seule, en vrai absolu,

                        dotée d’ubiquité, d’immortalité,

                        d’omniscience

Tandis que nous autres, nous languissons dans les rets

                        de cette sacro-sainte trinité :

                        nation, marché, État

Perpétuels prisonniers de cette forme-pouvoir

                        des classes politiques modernes

(Et la suite des servitudes et des marchandages).

Pendant ce temps dans le Soir court la cavale

                         court-vêtue de l’automne _

La toujours-jaillissante, adorablement-deçevante-

                         et-indécente,

Perpétuellement-effervescente-renaissante, jeune vague -

Et je ne sais pas jusqu'à quand va pouvoir perdurer

                         cette dynastie de fin de règne

- Moi, Simplicius Simplissimus, infime fonctionnaire

                         sur les Marches d’un fictif Empire ! -

Ni cette lente évolution des hanches des femmes

                         dans l’incroyable douceur,

                         la bénédiction de l’automne !

Où elles n’ont jamais été aussi belles (aussi nombreuses

                         à pouvoir l’être en tout cas)

Telles une rieuse déferlante - tiens, en ce moment même

                         à Beijing, aux Émirats ou ici même à

                         Aix-en-Provence

Où à nouveau elles évoluent avec dans leur démarche

                        toute la magie des planétes

Comme au temps d’Ajanta, de Bhartrihari -

Telles, par exemple, C. Deneuve remontant de la plage

                         dans Hôtel des Amériques,

Et telles qu’elles n’ont peut-être été qu’aux temps

                         de chute, d’instabilité, de transition

- Une époque d’eidolon, où effectivement n’importe quelle fille

                         que l’on croise dans la rue

Est désormais plus belle que toutes les stars de l’écran ! -

Aix, tu redeviens pour moi ce lieu virtuel, capitale occulte,

                         clandestine, à peine existante

Qui connaît depuis longtemps déjà le jeu démiurgique des

                         Puissances                      Depuis toujours notre lutte à nous n’aura été que pour

_ Entre Toulouse et Barcelone, Angevins          la polyphonie, la complexification

                         et Saint Empire !   la compénétration, la multiplicité, l’enchevêtrement

Où la fiction du bonheur est toujours possible                  l’inextricable des pouvoirs.

A condition de se distancier un peu des bonheurs

                         de la fiction du pouvoir -

Les peuples heureux étant ceux qui n’ont guère d’Histoire,

                         mais se jouent en abîme

Et en sous-main du jeu mortifère des Puissants

Et défont les désirs de fiction par les fictions du désir   Depuis toujours, nous étions

                        - raison de plus                    porteurs d’un autre rêve, contrebandiers

Pour retrouver en soi-même le point de retournement,                    d’une autre étoile !

Développer la dérive du poème à la place

                        du délire national-identitaire,

La réalité étant ce « cliché dont on n’échappe

                        que par la métaphore »              Merci Edgar Morin

Ne convient-il pas de ré instituer ici même une culture savante

                        - mais savoureuse ! - de l’Hystérie,

                        cette passion de l’Un

Pour mieux contre-subvertir la perversion institutionnelle ?

 

Aix, tu es toujours pour moi ce cœur caché d’une utopie

                       encore et toujours à inventer,

Hapax d’une Europe à laquelle l’Histoire passerait les plats

                       pour une deuxième fois,

- Forme-utopie d’une identité complexe, hybride, multiple,

                       à arracher d’urgence à la déconfiture

                      des États -

Aix, ce soir, tu m’as comme un passé d’avance !

    

Capensis

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« La nostalgie est notre langue future »

C’est en déambulant dans la nuit de mai, la nuit des rues parisiennes qui ressemblent à des villages en fête juxtaposés, que ceux qui portent attention à l’émotion réalisent qu’ils n’ont plus l’âge d’adolescent, plus celui de jeune adulte, pas encore celui de jeune vieux, qu’ils ont atteint le milieu de la règle et que les graduations suivent plus qu’elles ne précèdent désormais.

Oui, la vie est une fête à ceux qui, protégés, n’ont pas perdu la vue dans leur abri. La vie a un goût d’huitre, de cigare, de chocolat, de menthe ou de  vin selon l’heure du jour et qui la partage avec vous. « J’ai sans doute réalisé cela pour les premières fois, de façon consciente et sur le moment, précise Laurent, un de ces chercheurs, en lisant à dix-sept ans Les chants de Maldoror sur une dalle rocheuse noire à la fin du désert du Cabo de Gata, l’Andalousie méconnue, ou à vingt-trois ans, en lisant, toujours à Almería, l’Andalousie pauvre dix siècles après sa période d’or, un article du critique Philippe Dagen paru dans Le Monde concernant une exposition des paysages peints par Paul Cézanne, notamment les carrières de Bibémus ou le château de la Roche-Guyon ou les sous-bois d’Auvers-sur-Oise. Je ne dirais pas que j’ai compris la vie à ces moments-là. Disons plutôt qu’à la fois je vivais l’instant de l’intérieur et qu’une sorte de double conscience me le faisait sentir de l’extérieur, m’en révélant l’insondable beauté toujours renouvelée. J’étais le moment, le lieu, la ville et son paseo, l’Alcazar, l’Alcazaba, le journal, la lumière, les halles toutes proches, les plages du Cabo de Gata à portée de voiture, et leur reflet. J’étais jeune et en éveil. »

Le nœud de la question semble là : être l’instant et sa conscience, unis. Une récente étude du centre d’analyse mentale La fabrique du monde précise que le coefficient d’adéquation entre instant, conscience et présent fluctue selon les époques. Il est passé de 3,72 au siècle de Périclès à 1,28 sous l’ère maya, 0,13 sous les Mings et 4,07  au temps des bâtisseurs de cathédrales. À Bacalan comme aux docks, d’aucuns aiment à courir (après qui ou quoi ?) et sentir la transpiration dans le regard des congénères. Où que l’on se trouve on en informe son réseau - plus facilement quand c’est valorisant. Sur ces quais ne se décharge plus la morue (bacalau) mais les céréales embarquent encore pour des destinations inconnues. Le rapport au fleuve ? Une relation paysagère et de loisirs. Le commerce a remplacé l’industrie. Des barrières dissuadent de toute mise à l’eau. Ceci dit sans jugement.

La poésie habite les lieux : port de la lune, import export limited avec le satellite réfléchi de gris. La mer est sous le vent. L’océan proche. Le flux sanguin des marées draine une lymphe verte, tourbée. Au Ferret on pose les armes et le luxe est là, celui d’une cabane neuve de bois, de sa terrasse en libre-accès sur un bras du bassin, de quelques coques penchées à marée basse, d’une vue à main droite vers le désert vert du Pyla, d’huîtres posées dans son assiette élevées trois ans durant à cinq cents mètres de là à main gauche, du soleil pas encore franc si présent, d’un groupe d’amis et d’ostréiculteurs pique-niquant sur le sable, le luxe est là car le temps a cette double conscience déjà évoquée, l’instant va bientôt la chasser, nous passerons à la baignade sauvage dans les vagues en rafale du Cap, à la pointe, je serai seul baigneur, un autre instant surgira, l’emportement serait la métaphore ultime, nul besoin d’aller à la ligne puisque Bordeaux est blanche d’acacias odorants, roses de marronniers, paille par sa pierre, turbide par son fleuve et que l’air a cette saveur proche de Lisbonne.

La douceur atlantique est notre horizon présent.